Connect with us

Actualités

De l’usine AZF de Toulouse à Beyrouth, qu’est-ce que le nitrate d’ammonium ?

Cette substance, qui est à l’origine des explosions dans la capitale libanaise, a déjà causé plusieurs accidents industriels majeurs par le passé.

Publié il y a

Le

Plus de 100 morts et des milliers de blessés. Voilà le terrible bilan provisoire des explosions à Beyrouth. Un drame dont l’origine se trouve dans le nitrate d’ammonium, un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous la forme de granulés. Selon le Premier ministre libanais, environ 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium étaient stockées dans l’entrepôt du port de Beyrouth qui a explosé, causant des dizaines de morts et des dégâts sans précédent dans la capitale libanaise. C’est aussi la substance qui avait été pointée du doigt lors de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, mais seulement 300 tonnes y étaient stockées.

Les nitrates d’ammonium composent les engrais appelés ammonitrates, que les agriculteurs achètent en gros sacs ou en vrac. Ce ne sont pas des produits combustibles : ce sont des comburants, c’est-à-dire qu’ils permettent la combustion d’une autre substance déjà en feu. « C’est très difficile de le brûler », dit à l’Agence France-Presse Jimmie Oxley, professeure de chimie à l’université du Rhode Island, qui a elle-même travaillé sur la combustion du nitrate d’ammonium. « Ce n’est pas facile de le faire détoner. » La détonation n’est possible qu’avec une contamination par une substance incompatible ou une source intense de chaleur. Et le stockage doit donc suivre des règles pour isoler le nitrate d’ammonium de liquides inflammables (essence, huiles…), de liquides corrosifs, de solides inflammables ou encore de substances qui dégagent une chaleur importante, parmi d’autres interdits, selon une fiche technique du ministère français de l’Agriculture. Soumis à une forte température, le nitrate d’ammonium se décompose dans une réaction qui libère une grande quantité d’énergie et crée une onde de choc. C’est celle-ci qui est liée à l’effet de souffle que l’on a notamment pu voir sur les vidéos, souligne Le Monde. « Le nitrate d’ammonium est toxique pour l’homme. Par inhalation de ses poussières, il irrite les voies respiratoires ; par exposition prolongée, il provoque des faiblesses, des céphalées et, par contact, des irritations de la peau », précise de son côté la Société chimique de France, relayée par RFI.

Succession de tragédies

De nombreuses tragédies dans le monde, accidentelles et criminelles, ont comme source le nitrate d’ammonium. L’un des tout premiers accidents fit 561 morts en 1921 à Oppau en Allemagne, dans une usine BASF. À l’époque, des ingénieurs voulant désagréger un bloc de plusieurs milliers de tonnes de sulfate et de nitrate d’ammonium qui s’était encroûté ont utilisé de la dynamite. L’explosion fut alors entendue jusque dans l’est de la France. En 1947, Brest fut secouée par l’explosion du cargo norvégien Ocean Liberty qui transportait la substance. En France aussi, empilées en vrac dans un hangar de l’usine chimique AZF, dans la banlieue sud de Toulouse, quelque 300 tonnes de nitrate d’ammonium ont subitement explosé et fait souffler un vent de mort et de désolation sur la quatrième ville de France le 21 septembre 2001 : 31 personnes sont mortes, et la déflagration fut entendue 80 kilomètres à la ronde. Aux États-Unis, une terrible explosion à l’usine d’engrais West Fertilizer, à West, au Texas, fit 15 morts en 2013. Un stock de nitrate d’ammonium a explosé à cause d’un incendie d’origine criminelle ; l’absence de normes de stockage avait été mise en cause par les enquêteurs.

Le nitrate d’ammonium peut aussi être utilisé dans des engins explosifs. Le 19 avril 1995, Timothy McVeigh avait fait exploser une bombe fabriquée à partir de deux tonnes de l’engrais devant un bâtiment fédéral à Oklahoma City, tuant 168 personnes. Mais la professeure Oxley nuance en rappelant que le nitrate d’ammonium est devenu indispensable à l’agriculture et à la construction. « Nous n’aurions pas ce monde moderne sans explosifs, et nous ne pourrions pas nourrir la population actuelle sans les engrais au nitrate d’ammonium », dit-elle. « Nous en avons besoin, mais il faut faire vraiment attention à ce qu’on fait avec. » Comme le drame libanais vient de nous le rappeler.

A la une